À la suite de l'annonce récente du Premier ministre concernant l'élaboration de la première stratégie nationale de sécurité de l'eau du Canada, le 23 mars, AquaAction a organisé une table ronde réunissant des dirigeants fédéraux et plusieurs experts du secteur de l'eau issus du milieu philanthropique, universitaire et des organisations scientifiques. Le document d'information ci-dessous rassemble les points de vue de tous les participants dans un ensemble cohérent de priorités destinées à guider l'Agence canadienne de l'eau.
Pourquoi le Canada a besoin d'une stratégie de sécurité de l'eau maintenant
Le Canada entre dans une nouvelle ère pour l'eau. Les phénomènes climatiques extrêmes, la croissance démographique, le vieillissement des infrastructures, l'épuisement des ressources en eau et les pressions transfrontalières se multiplient à un rythme plus rapide que ne peuvent y répondre les systèmes existants. Le passé ne constitue plus un guide pour l'avenir.
Une première étape importante vers une stratégie de sécurité de l'eau consiste à établir une définition claire et concrète de la « sécurité de l'eau », qui soit inclusive et fondée sur l'équité.
Les participants ont souligné que l'eau ne peut être considérée uniquement comme une question environnementale, car elle concerne de plus en plus :
Cependant, de nombreux obstacles ont été soulevés concernant la gestion efficace de l'eau douce au Canada, notamment :
Il y avait un alignement fort sur le fait que la sécurité de l'eau représente une opportunité générationnelle de développement national, mais que sans stratégie coordonnée, le Canada risque de prendre du retard tant au niveau domestique que mondial, en termes de capacité à répondre aux enjeux liés à l'eau et aux opportunités émergentes de marché.
Priorités stratégiques pour une stratégie nationale de sécurité de l'eau
Priorité n° 1 : Renforcer les infrastructures de collecte de données, de prévision et de recherche sur l'eau douce
La capacité du Canada à gérer les risques liés à l'eau dépend fondamentalement de la solidité de ses systèmes de données et de sa capacité de prévision. Les données sur l'eau douce devraient être considérées comme une infrastructure de sécurité essentielle, car elles sont à la base de tout : de la détection précoce des risques à la gestion efficace de l'eau, ainsi que de la planification et de la gouvernance à long terme.
Les ensembles de données à long terme permettent une compréhension historique et une alerte précoce face à des menaces telles que la contamination, la sécheresse et les changements écosystémiques. Cependant, ces ensembles de données sont fragiles et souvent peu soutenus. Les données sur les eaux souterraines sont insuffisantes pour guider une bonne gouvernance. Une fois que des lacunes apparaissent, la perte de connaissances est permanente.
Parallèlement, le Canada doit dépasser les prévisions à court terme pour s’orienter vers des prévisions à long terme, qui permettent la planification des infrastructures, l’adaptation au changement climatique et la prise de décisions stratégiques. La modélisation prédictive doit s’appuyer sur des recherches de terrain afin de garantir que les nouveaux outils, y compris l’IA, reflètent les conditions réelles.
Le Canada dépend en partie des États-Unis pour les données essentielles utilisées pour gérer ses ressources naturelles, en particulier dans les eaux partagées. La stratégie de sécurité nationale est l'occasion d'identifier clairement les données dont le Canada a besoin pour garantir sa souveraineté et renforcer sa capacité de prise de décision indépendante.
Le Canada dépend en partie des États-Unis pour les données essentielles utilisées pour gérer ses ressources naturelles, en particulier dans les eaux partagées. La stratégie de sécurité nationale est l'occasion d'identifier clairement les données dont le Canada a besoin pour garantir sa souveraineté et renforcer sa capacité de prise de décision indépendante.
Priorité n° 2 : Promouvoir une gouvernance inclusive et un leadership autochtone
De nombreux participants ont souligné que la sécurité de l'eau ne peut être assurée sans structures de gouvernance inclusives permettant un partage des décisions et des responsabilités, en particulier avec les nations autochtones.
Une stratégie nationale doit intégrer les systèmes de connaissances autochtones aux côtés de la science occidentale, afin de garantir que les politiques et les approches de gestion reflètent à la fois l'expérience vécue et les connaissances scientifiques. Les nations autochtones détiennent des connaissances profondes et ancrées dans le territoire qui renforcent la capacité de prévision et améliorent les résultats.
Une gouvernance efficace nécessite également des rôles clairs, des mécanismes de responsabilité et des structures qui traduisent les connaissances en actions à long terme. Les modèles de codéveloppement et de cogouvernance ont été soulignés comme essentiels, en particulier pour coordonner les acteurs fédéraux, provinciaux, autochtones et philanthropiques.
Priorité n° 3 : Aligner les investissements, la philanthropie et le financement public
La sécurité de l'eau représente une opportunité d'investissement pour le développement national, unique en son genre pour mobiliser à la fois les capitaux publics et privés.
La philanthropie canadienne se mobilise à une échelle sans précédent, offrant au gouvernement du Canada une occasion rare de co-investir et d'amplifier son impact. Toutefois, cette mobilisation nécessite un signal clair de la part du gouvernement fédéral.
Le BC Watershed Security Fund en est un excellent exemple. Soutenu par un investissement provincial de 100 millions de dollars et développé en collaboration avec les Premières Nations, il génère un financement continu et durable (grâce à une fonds de dotation et à un fonds de passage), mobilise les contributions philanthropiques et produit des résultats tangibles dans les communautés.
Une stratégie nationale de sécurité peut s’appuyer sur de tels modèles en catalysant le co-investissement entre les partenaires fédéraux, philanthropiques et privés, en particulier lorsque les organismes philanthropiques et d’autres partenaires voient des investissements importants des gouvernements supérieurs. Les meilleurs résultats pourraient être obtenus en fournissant des engagements de financement pluriannuels durables, dans lesquels les mécanismes de financement sont liés au gouvernement, mais ne sont pas entièrement contrôlés par celui-ci.
Signaler et mettre en œuvre cet alignement rapidement stimulera les investissements alors que les opportunités de marché sont en pleine croissance.
Priorité n° 4 : Déployer l'innovation, la technologie et les opportunités économiques
La sécurité de l'eau doit être considérée comme une priorité économique fondamentale.
Le Canada dispose d'un potentiel considérable pour diriger l'innovation mondiale dans le domaine de l'eau, mais des obstacles structurels empêchent son développement à grande échelle. Les participants ont souligné le besoin d'une approche couvrant l'ensemble de la chaîne de valeur, reliant la recherche, les projets pilotes, la commercialisation, l'approvisionnement et la mise à l'échelle.
La demande mondiale pour des solutions technologiques liées à l'eau augmente rapidement en raison des impacts climatiques et des risques de contamination, ce qui crée à la fois un sentiment d'urgence et des opportunités économiques. Cependant, sans une action fédérale coordonnée, le Canada risque de perdre sa propriété intellectuelle, ses talents et sa compétitivité à long terme.
L'engagement fédéral en faveur d'un Fonds pour les technologies de sécurité de l'eau de 100 millions de dollars a été identifié comme une opportunité cruciale pour ancrer un flux national d'innovation.
Priorité n° 5 : Adopter une approche holistique de l'écosystème avec une gestion intégrée des eaux souterraines
La sécurité de l'eau doit s'appuyer sur une approche holistique et fondée sur les écosystèmes, qui reconnaît l'interdépendance entre les eaux de surface, les eaux souterraines, les écosystèmes et les systèmes humains.
Les eaux souterraines sont souvent négligées, alors qu'elles constituent un élément fondamental pour les communautés et l'économie. Une sécurité de l'eau efficace requiert l'intégration de la gouvernance des eaux souterraines et de surface, soutenue par le partage des données, des institutions inclusives et des investissements coordonnés.
Cette approche nécessite également de reconnaître la santé des écosystèmes — les débits d'eau, la biodiversité et la résilience — comme des éléments essentiels de la sécurité économique et de la sécurité de l'eau.
Priorité n° 6 : Sensibiliser le public et promouvoir la littératie de l'eau
Les participants ont souligné que la littératie de l'eau est une condition préalable à toute action.
Une majorité de Canadiens ne comprennent pas d’où vient l’eau, quelles sont les quantités disponibles ni les risques auxquels sont exposés les systèmes d’eau douce. Ce manque de sensibilisation limite la volonté politique, le soutien du public et les investissements à long terme.
La littératie de l’eau doit donc être un élément central de la stratégie, comprenant l’éducation du public, le développement de la main-d’œuvre et l’intégration de l’eau dans des mandats politiques plus larges. Investir dans la littératie de l’eau est une stratégie à long terme qui renforce les capacités à travers les générations.
Priorité concluante : l'importance du budget 2026
Le Canada dispose des bases nécessaires pour mettre en place un système phare de sécurité de l'eau à l'échelle mondiale, mais la réussite dépendra de priorités claires, d'une action coordonnée et d'investissements soutenus.
Les participants s'accordaient tous à dire qu'un signal fort dans le budget 2026 sera essentiel pour faire avancer la Stratégie nationale de sécurité de l'eau, en démontrant un leadership fédéral qui contribuera à mobiliser des capitaux philanthropiques et privés.
C'est un moment décisif pour notre génération. Agir de manière résolue maintenant déterminera si le Canada assure l'avenir de l'eau ou continue de la gérer au coup par coup.
Liste complète des participants à la table ronde :