Chaque été, la même scène se répète sur des centaines de lacs nord-américains : une eau verdâtre, des panneaux interdisant la baignade, des riverains inquiets.
Les cyanobactéries, communément appelées algues bleu-vert, sont devenues l'un des enjeux les plus préoccupant pour la santé de nos plans d'eau. Bien que présentes naturellement, elles peuvent proliférer de façon excessive et former des efflorescences (fleur d’eau) qui dégradent la qualité de l'eau, perturbent les usages récréatifs et, dans certains cas, produisent des toxines dangereuses pour la santé humaine et animale. Elles réduisent également l’oxygène disponible dans l’eau, créant des zones mortes qui menacent les poissons et la vie aquatique.
Mais ces proliférations sont davantage un symptôme que le problème en soi.
Ces proliférations surviennent quand plusieurs conditions se combinent : trop de nutriments dans l'eau, comme le phosphore et l'azote, des températures plus chaudes et des pressions croissantes sur les bassins versants.
L’évolution des cyanobactéries
Les chiffres illustrent l’urgence d’agir.
Depuis les années 1960, les niveaux de cyanobactéries ont augmenté dans la majorité des lacs canadiens, à un rythme sept fois plus rapide qu’auparavant. En 2014, une prolifération majeure a entrainé une interdiction de consommer l’eau potable pendant 3 jours pénalisant près de 500 000 résidents de Toledo, en Ohio. Les pertes économiques étaient estimées à 65 millions de dollars.
Dans le cas du lac Erie, les coûts associés pourraient atteindre 5,3 milliards de dollars au Canada au cours des 30 prochaines années. Au lac Saint-Charles, le principal réservoir d'eau potable de la ville de Québec, le problème devient de plus en plus visible : entre 2020 et 2025, le lac a connu quatre fois plus de jours marqués par des proliférations d'algues.
Les solutions se trouvent souvent en amont, dans la façon dont on gère les terres agricoles, les eaux de ruissellement urbain et la végétation saine le long des berges.
C'est là qu'entrent en jeu les innovateurs d'AquaAction.
Prédire avant qu’il ne soit trop tard : WaterShed Monitoring
WaterShed Monitoring a développé Nerthus, une solution d'intelligence artificielle qui prédit les conditions favorables aux proliférations de 1 à 3 jours à l'avance. En sachant quand une fleur d'eau risque de se produire, les gestionnaires peuvent activer leur plan d'action avant que les toxines n'atteignent les baigneurs ou les prises d'eau potable. Plutôt que de s’appuyer sur des solutions traditionnelles, cette approche proactive prévient l’exposition des humains et des animaux aux toxines des cyanobactéries.
Agir sur les nutriments à la source : FloteXa
En ciblant directement les nutriments en excès et les contaminants dans les plans d'eau, les îlots flottants végétalisés de FloteXa améliorent la qualité de l'eau, renforcent la résilience des écosystèmes et améliorent les milieux riverains. Du phosphore et de l’azote aux métaux lourds, pesticides et hydrocarbures, FloteXa capte toutes sortes de contaminants.
Voir ce qu'on ne voit pas : EXO Tactik
EXO Tactik utilise des drones pour cartographier les bassins versants touchés par des proliférations d’algues. L’entreprise identifie ensuite les zones à risque et mesure l’épaisseur des sédiments, un facteur clé dans le relargage du phosphore. Toutes ces données sont ensuite intégrées dans une plateforme géospatiale qui offre aux municipalités et aux gestionnaires une vision précise et spatialisée des conditions qui favorisent les proliférations, bien avant qu'elles ne surviennent.
Nettoyer ce qui est déjà là : Biocene
Quand la prolifération a déjà eu lieu, Biocene intervient avec des procédés mécaniques non invasifs pour retirer directement la biomasse algale excédentaire sans perturber l'écosystème. Ce qui distingue son approche : l’entreprise transforme les déchets collectés en quelque chose de précieux, comme des bioplastiques ou des fertilisants. Un déchet environnemental devient une ressource : une approche circulaire et complémentaire aux solutions de prévention.
Couper la propagation à la source : Ozero Solutions
Les espèces aquatiques envahissantes jouent un rôle indirect mais documenté dans la prolifération des cyanobactéries. La moule zébrée, par exemple, filtre les micro-organismes présents dans l'eau, mais peut laisser derrière elle certaines cyanobactéries plutôt que de les consommer. Ozero Solutions conçoit des stations de lavage et décontamination d'embarcations installées aux accès à l'eau, empêchant le transport de ces espèces d'un plan d'eau à l'autre avant qu'elles ne soient établies et leurs impacts difficiles à contrôler.
Surveiller, documenter, informer : Agiro
La gestion des cyanobactéries repose aussi sur une connaissance rigoureuse du terrain. Agiro, une organisation à but non-lucratif basée à Québec avec plus de quarante ans d'expérience sur le lac et la rivière Saint-Charles, a développé un protocole de suivi des efflorescences rigoureux et reproductible : inspection visuelle quotidienne, collecte d'échantillons et signalement en temps réel. Toutes ces données fournissent aux municipalités, aux organismes de bassin versant et aux associations de lacs l’information dont ils ont besoin pour intervenir et assurer un usage sécuritaire de l’eau.
Filtrer les nutriments là où ils entrent : Capture Tech
Capture Tech restaure les systèmes aquatiques et terrestres en transformant la pollution et les résidus de biomasse en gains écologiques mesurables. Ses outils de biofiltration déployables permettent aux communautés de capturer les contaminants, de suivre les améliorations et de convertir les matières récupérées en produits de restauration des sols. Le résultat est une réduction de déchets et une résilience plus forte des bassins versants.
Extraire le phosphore à la source : Lakewater Nutrient Capture
Lakewater Nutrient Capture (LWNC) a développé un système mobile monté sur barge qui capture et valorise le phosphore directement dans les lacs contaminés. Grâce à des filtres en nano-oxyhydroxyde de fer, la technologie élimine les algues nuisibles à la source et récupère le phosphore capturé sous forme de phosphate de calcium, un produit utilisable en agriculture.
De la réaction à l’action
Les cyanobactéries sont souvent le symptôme visible de déséquilibres plus profonds dans nos milieux aquatiques. Cependant, elles sont aussi un appel clair à mieux protéger nos bassins versants, à investir dans la prévention et à accélérer l'adoption de solutions concrètes.
La bonne nouvelle, c'est que les outils existent de plus en plus : meilleure surveillance, données plus accessibles, innovations entrepreneuriales, expertise scientifique et mobilisation locale.
Ensemble, ces approches permettent de passer d'une logique de réaction à une logique d'anticipation.
Les défis sont réels, mais aussi les solutions qui permettent de les surmonter.
Merci à tous les collaborateurs d’AquaNation qui ont contribué à écrire cette histoire : Sonja Behmel, Stéphane Bouvier, Sarah Goubet, Christophe Langevin, Olivier Liberge, Karine Mailhot-Sarrasin, Carole Riopel, Manon Sayag, Kimia Shafighi, Matys Tessier, Maxime Wauthy