Au cœur des enjeux hydriques du Défi binational AquaHacking — Partie 4 de 4
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La région des Grands Lacs et du Saint-Laurent (GLSL) est depuis longtemps un moteur économique majeur. Les États et les provinces qui entourent cet immense système d’eau douce représentent un PIB d’environ 12,5 billions de dollars CA (9 billions de dollars US), soit l’équivalent de la troisième économie mondiale.
La région des Grands Lacs abrite 107 millions de personnes et compte 51 millions d’emplois, soit le tiers de la main-d’œuvre combinée du Canada et des États-Unis. Pour les industries qui entourent ce bassin, l’eau n’est pas seulement un élément du décor : elle constitue une ressource essentielle à leurs activités. Chaque année, les flottes maritimes y transportent des dizaines de millions de tonnes de marchandises en vrac, tandis que les secteurs manufacturier et agricole et, de plus en plus, celui des centres de données dépendent directement de cette ressource. L’eau est au cœur de tout ce moteur économique.
C’est dans cet esprit que les équipes AquaHacking ont abordé le Défi de cette année. L’enjeu hydrique binational ciblé était le suivant : comment pouvons-nous considérer l’utilisation intensive de l’eau par les secteurs énergivores ou industriels comme une contrainte de conception autour de laquelle innover? Une approche bien pensée pourrait faire de la région des Grands Lacs un modèle montrant comment les industries en pleine croissance et la gestion responsable de l’eau peuvent évoluer ensemble.
Transformer les défis liés à l’eau en occasions d’innovation
Dans le cadre de ce Défi, deux experts de l’enjeu hydrique ont partagé leur expertise avec les équipes AquaHacking afin de les aider à repenser la manière dont les industries à la croissance la plus rapide de la région peuvent prendre de l’expansion de façon durable, tout en les inspirant à développer des solutions novatrices pour rendre les secteurs industriels et énergétiques plus efficaces.
- Palencia Mobley — Conseillère principale en infrastructures hydriques, Environmental Policy Innovation Centre; présidente du Michigan Infrastructure Council
- Sam Hankinson — Spécialiste de l’industrie maritime des Grands Lacs, anciennement du Port of Monroe, au Michigan
Deux grands thèmes se sont dégagés au fil des séances.
Principaux thèmes liés à cet enjeu
Le coût hydrique caché de l’essor de l’intelligence artificielle
Les États-Unis comptent actuellement près de 4 770 centres de données, comparativement à près de 300 au Canada. Près d’un sur quatre est situé dans la région des Grands Lacs, où 738 autres ont été annoncés ou sont actuellement en construction.
À mesure que les centres de données répondent à des besoins informatiques croissants, leurs serveurs génèrent davantage de chaleur. Sans système de refroidissement efficace, les équipements peuvent surchauffer et les services numériques peuvent subir des interruptions. Le refroidissement par évaporation, la solution la plus courante, réduit la consommation d’énergie, mais nécessite d’importantes quantités d’eau douce : jusqu’à 85 % de l’eau utilisée s’évapore et ne retourne jamais à sa source dans l’écosystème hydrique. Un seul grand centre peut consommer jusqu’à 5 millions de gallons (près de 19 millions de litres) d’eau par jour, soit environ l’équivalent des besoins d’une ville de 50 000 habitants.
Les centres de données mesurent généralement leur consommation d’énergie, leurs émissions et leur disponibilité énergétique, mais leur consommation d’eau est plus difficile à évaluer. L’utilisation de l’eau sur place est suivie de manière inégale, et la production de l’énergie nécessaire au fonctionnement de ces installations requiert également de l’eau.
Sous l’effet de l’essor de l’intelligence artificielle, la consommation d’eau des centres de données américains pourrait atteindre 73 milliards de gallons (276 milliards de litres) par année d’ici 2028, comparativement à environ 17 milliards de gallons (64 milliards de litres) en 2023. Selon le rythme actuel, leur consommation d’eau pourrait tripler d’ici la fin de la décennie.
Des solutions existent déjà : les systèmes en boucle fermée peuvent réduire l’utilisation d’eau douce jusqu’à 70 %, tandis que le refroidissement par immersion liquide peut la réduire jusqu’à 91 %. Des approches émergentes, comme le refroidissement direct des puces, le refroidissement prédictif géré par l’intelligence artificielle et la récupération de chaleur, démontrent que les infrastructures numériques et la gestion responsable de l’eau ne sont pas nécessairement incompatibles. Il suffit de considérer cette industrie en pleine croissance comme une occasion d’innover dans le domaine des technologies de l’eau.
Garder les Grands Lacs en mouvement, de façon durable
Le système des Grands Lacs et du Saint-Laurent transporte plus de 37 millions de tonnes métriques de marchandises chaque année, principalement des produits en vrac comme le minerai de fer, le charbon, le calcaire et le ciment. La manutention de ces volumes importants génère de la poussière et, depuis des décennies, le moyen le plus simple de la contrôler consiste à utiliser de l’eau : canons à brume, camions-citernes et systèmes de lavage des roues, tous alimentés par l’eau des rivières et des lacs voisins. Cette approche fonctionne, mais elle a un coût : l’eau souillée et les contaminants recueillis par les eaux de ruissellement en chemin retournent directement à leur source et contribuent à la pollution de nos ressources en eau douce.
Parallèlement, l’industrie maritime traverse une véritable transformation. En avril 2026, le Michigan a finalisé sa stratégie maritime, un plan sur 10 ans visant la carboneutralité d’ici 2050 grâce à une adoption accrue des carburants propres et à l’électrification des navires, tout en modernisant ses ports et en développant sa main-d’œuvre. Cette stratégie témoigne de la direction que prend l’ensemble de la région et illustre comment l’industrie maritime peut poursuivre sa croissance de façon plus durable.
La voie à suivre ne consistera peut-être pas à choisir entre une économie maritime florissante et des communautés riveraines en santé bénéficiant de cours d’eau propres, mais plutôt à trouver des solutions novatrices pour moderniser une industrie du transport maritime vieille de 10 000 ans.
Que bâtissent les innovateurs AquaHacking?
Trois équipes ont participé à ce Défi binational AquaHacking et, grâce au soutien et aux connaissances qu’elles ont reçus, l’une d’entre elles a développé une solution concrète et novatrice pour l’industrie en pleine croissance des centres de données. Cette équipe se dirigera vers la finale :
WELs
WELs a développé ThermaMound, un système de refroidissement pour centres de données qui applique des concepts de physique, comme le principe d’Archimède et la flottabilité, afin d’éliminer le besoin de refroidisseurs et de pompes mécaniques. En travaillant à l’intersection de l’eau et de l’énergie, cette conception réduit considérablement la consommation d’électricité tout en préservant les ressources locales en eau douce.
Pour en savoir plus sur toutes les équipes du Défi de cette année, visitez :
https://aquaaction.org/aquahacking-binational-teams
Croissance et gestion responsable de l’eau, main dans la main
Les centres de données et les ports de la région des Grands Lacs ne sont pas près de disparaître. Au contraire, ces deux industries sont appelées à croître plus rapidement que jamais : l’une portée par l’essor de l’intelligence artificielle, l’autre prenant des mesures concrètes pour décarboner la chaîne d’approvisionnement mondiale.
Leur dépendance à l’eau est précisément ce qui rend cet enjeu hydrique d’AquaHacking si important : quelles innovations pourraient permettre aux industries de poursuivre leur croissance sans épuiser ni dégrader l’eau dont dépend la région et qui a rendu leur développement possible en premier lieu?
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